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    pour Pierre Drachline     

     

     

    reprise... on ne peut pas dépenser des centimes

    ill. jlmi 2004
     

     

    1.

     

     

     

    Il voulait voir le maître.

     

    Aussitôt reçu, il  demanda : qu’est-ce que Dieu ?

     

    D’un doigt sur le bouton électrique, le maître plongea la pièce dans l’obscurité.

     

    Le jeune homme reprit : il faut donc y renoncer ? 

     

    Le maître d’un geste identique ralluma ; ses yeux souriaient  avec bonté.

     

     

     

    2.

     

     

     

    Maître, qu’est-ce que la mort ?

     

    Quoi ? Dit le maître.

     

    Et le jeune homme répéta : qu’est-ce que la mort ?

     

    Quoi ?

     

    Maître, qu’est-ce que la mort ?

     

    Quoi ?

     

    Et le jeune homme se leva tandis que le maître prenait sa canne pour sortir.

     

     

     

    3.

     

     

     

    Maître, qu’est-ce que la pensée ?

     

    D’une main vive le maître attrapa une mouche qui passait par là.

     

    Maître, dit le jeune homme déçu : mais ce n’est qu’une mouche !

     

    Le maître ouvrit la main pour qu’elle s’envole à l’air libre où tout peut arriver.

     

     

     

    4.

     

     

     

    Une jeune et jolie femme se plaça devant le maître

     

    Maître, qu’est-ce que l’amour ?

     

    Le maître ouvrit la bouche, comme pour répondre, puis il poussa un cri terrible et se

     

    tint silencieux en riant doucement.

     

    La jeune femme, trouvant sans doute la réponse satisfaisante, sourit à son tour et

     

    se leva sans un mot.

     

     

     

    5.

     

     

     

    Le jeune homme venait à peine d’entrer et de s’asseoir respectueusement.

     

    Aussitôt, le maître le gifla avec force.

     

    Pourquoi, demanda le jeune homme dont les joues rougissaient ?

     

    Mais le maître ne répondit rien et , avec la même force, frotta une allumette, 

     

    montra la petite lumière et alluma un cierge.

     

     

     

    6.

     

     

     

    Après un long moment de silence, le jeune homme, un peu gêné, demanda ;

     

    qu’est-ce qu’un poème ?

     

    Le maître réfléchit puis dit : reviens ce soir !

     

    Il faisait une belle nuit claire et froide. Le maître était assis sur une terrasse de bois.

     

    Il fit signe d’approcher. Dans un grand baquet d’eau on pouvait voir la lune.

     

     

     

    7.

     

     

     

    Inlassablement, le jeune homme revenait. Jamais découragé, il questionna :

     

    Maître, qu’est-ce que la nature ?

     

    Le maître qui se montrait toujours vêtu avec simplicité et élégance,

     

    marqua un temps, sembla hésiter puis retira son dentier et le posa à côté

     

    de ses lunettes

     

     

     

    8.

     

     

     

    Un jour qu’il était seul, le maître, regardant un vol d’oies sauvages

     

    disparaître vers l’horizon,

     

    enleva sa montre bracelet et la jeta dans l’herbe.

     

    Il se sentit heureux et, sur le chemin du retour, se mit à chantonner.

     

    Le soir même, quelqu’un, croyant bien faire, la lui rapporta.

     

    Le maître remercia mais il se sentait très malheureux !

     

    Dans son esprit, plus jamais ne passeraient d’oies sauvages.

     

     

     

    9.

     

     

     

    Maître ! Maître, venez voir…

     

    Un homme dansait avec grâce dans la rue, sa sébile posée à terre.

     

    Le maître montra qu’il appréciait ,

     

    puis il demanda au jeune homme de trouver un verre d’eau.

     

    Il en aspergea les pieds nus du danseur. Celui-ci s’arrêta étonné, mais

     

    le maître lui dit : le vent agite tes feuilles, la pluie nourrit tes racines.

     

     

     

    10.

     

     

     

    Il arrivait au maître de s’endormir devant son visiteur.

     

    Le jeune homme se tint coi pendant un long moment, puis n’osant réveiller le maître,

     

    il imita le chat, miaula et se mit à gratter le bois de la table

     

    Miaou ! Miaou ! Miaou !

     

    Le maître sortant de son sommeil (ou faisant semblant, allez savoir !) fit aussitôt

     

    Whoua ! Whoua ! Whoua !

     

     

     

    11.

     

     

     

    Il faisait mauvais. On entendait contre la vitre frapper l’averse violente.

     

    Le maître semblait d’humeur maussade. Comme d’habitude le jeune homme prit 

     

    place, mais avec précaution.

     

    Le silence dura une éternité. Chacun regardait un point fixe dans le vide.

     

    Soudain le maître s’exclama ; ça fera deux cents…

     

    Tu allais me demander ce qu’est l’argent !

     

     

     

    12.

     

     

     

    La jeune femme arriva en retard. Lorsqu’elle pénétra dans la pièce,

     

    d’abord elle chercha des yeux le maître,

     

    mais elle découvrit sur le siège habituel, un grand miroir.

     

    le maître avait calligraphié dessus ; aujourd’hui, c’est le jour du poème !

     

     

     

    13.

     

     

     

    Comme il y avait déjà longtemps que le jeune homme venait, il osa demander :

     

    Maître, qu’est-ce que le temps 

     

    Après un court moment, le maître puisa dans une petite coupe de cerises placée à

     

    côté de lui, en choisit une, arracha la queue, mangea la chair avec application

     

    et un plaisir évident, puis déposa le noyau dans la paume du jeune homme. 

     

    Passé !  Présent ! Futur !

     

     

     

    14.

     

     

     

    Il fallait s’y attendre ! Un jour, le jeune homme demanda :

     

    Maître, qu’est-ce que la vérité ? 

     

    Le maître respira plusieurs fois profondément, puis se levant il prit son lourd

     

    coupe papier, 

     

    alla droit vers le miroir toujours là et ,de toutes ses forces, il balança l’objet

     

    en plein dedans.

     

    Effrayé, le jeune homme timidement demanda : 

     

    maître, puis-je emporter un morceau ? « Va, le bruit suffit ! » Dit le maître.

     

     

     

    15.

     

     

     

    Cette fois, ensemble, ils descendaient un fleuve dans une barque légère.

     

    Le maître laissait tremper sa main dans l’onde bavarde ; le jeune homme ramait. 

     

    Attentif, il écoutait : Maître, j’entends bien mais que dit l’eau ?

     

    A ces mots le maître se mit debout, se déboutonna et pissa dans le courant.

     

     

     

    16.

     

     

     

    Au pied d’un arbre, le maître jouait de la flûte. Il jouait mal 

     

    mais on se sentait bien.

     

    Quand ce fut fini, et que le silence qui suivit le fut aussi, 

     

    le jeune homme, considérant avec émotion le vieillard chauve

     

    et sans chapeau sous le soleil, 

     

    s’émut et dit : maître, pour vous, qu’est-ce que l’émotion ?

     

    Le maître qui avait chaud se passa la main sur le crâne : 

     

    C’est ce qu’une perruque ne pourra jamais remplacer !

     

     

     

    17.

     

     

     

    Ils avaient parlé de tout et de rien.

     

    Encore un peu excités, ils se calmaient lentement 

     

    en regardant le crépuscule envahir la pièce. Enhardi par cette intimité,

     

    le jeune homme se permit ; 

     

    maître, que peut-on faire contre la mort ?

     

    Le maître réfléchit  puis brutalement tira la langue, 

     

    ensuite, il approcha la théière et versa mais le thé était froid.

     

     

     

    18.

     

     

     

    Debout sur la terrasse, le jeune homme semblait plongé dans

     

    la contemplation d’un ciel pur 

     

    plus étoilé qu’une plage de sable sous la pluie.

     

    Se tournant vers le maître resté à l’intérieur, il demanda : maître, 

     

    sommes-nous vraiment seuls dans l’univers ?

     

    Le maître retira le plaid de ses épaules, sortit un mouchoir bien plié 

     

    et bruyamment se moucha dedans.

     

    Est-ce que ça te va comme réponse ? Et il fit disparaître

     

    la petite boule de tissu.

     

     

     

    19.

     

     

     

    On entend de moins en moins la voix humaine, dit-elle ;

     

    tout passe par des machines mais la voix humaine, c’est plus que ça !

     

    Le maître sourit, se leva, s’approcha sans rien dire et lui pinça le bras.

     

    Aîe ! Vous me faites mal !

     

    Le maître, qui ne parlait pas souvent ni beaucoup, lui dit

     

    avec une sorte de tendresse : Jamais une machine ne pourra faire

     

    ce que tu viens de faire…

     

     

     

    20.

     

     

     

    Ils avaient bavardé

     

    en se promenant autour du bassin des carpes.

     

    Le jeune homme demanda ; maître, pourrais-tu m’en dire plus

     

    sur la question de la poule et de l’œuf ?

     

    Le maître s’arrêta, avec deux doigts, il retira de sa bouche un bout de chique.

     

    Tiens, dit-il, en le jetant, trouve m’en un autre ; celui-ci n’a plus de goût !

     

     

     

    21.

     

     

     

    On traversait un petit bois jouxtant la cité. Le maître écoutait, ravi, cette rumeur

     

    faite de mille fuites, rencontres et pourtant d’une paix comme immémoriale.

     

    Le jeune homme paraissait mal à l’aise et finit par demander :

     

    Maître, que faut-il penser de l’éternité ?

     

    Le maître, écartant de la main quelques insectes et brindilles,

     

    s’assit et dit : regarde ! On dit que ces grands arbres sont éternels

     

    mais rien ne pousse à leur pied !

     

    Puis il s’endormit couché sur le tapis moelleux des feuilles mortes.

     

     

     

    22.

     

     

     

    Le maître, après huit jours d’une retraite abstinente, se tenait dans sa cuisine.

     

    Une question le tracassait ; savoir quand, exactement,

     

    les pâtes seraient al dente.

     

    Le jeune homme, à côté de lui, coupait des oignons qui le faisaient pleurer.

     

    Il demanda : maître, est-ce qu’il y en a suffisamment ?

     

    Oui, oui ! Je n’en ai pas besoin, j’avais juste envie que tu pleures un peu

     

    à cause de moi.

     

     

     

    23.

     

     

     

    L’automne, saison du grand âge pour les noisettes,

     

    et pour les hommes, de la perte des dents, tirait à sa fin.

     

    Le jeune homme, vêtu ce jour-là avec recherche comme pour une fête,

     

    demanda : qu’est-ce qu’être riche ?

     

    Le maître se tourna vers le petit Ginkgo qui ornait la table basse,

     

    prit entre ses doigts le Sage aux mille écus,

     

    aux mille palmes délicates d’or fin,  et  le secoua d’un geste bref.

     

    D’un coup, d’un seul,

     

    le tronc fut nu et le cercle végétal de sa couronne dorée à terre…

     

     

     

    24.

     

     

     

    C’était clair ! Le maître ne voulait plus jouer au maître,

     

    et le jeune homme ne voulait plus rester un jeune homme !

     

    Peut-être le maître voulait-il redevenir un jeune homme,

     

    et le jeune homme être un maître ?

     

    Mais la jeune femme s’étant trompé de jour, il arriva qu’elle fit irruption.

     

    Aussitôt le maître eut honte

     

    et le jeune homme rougit. Seul le perroquet dans sa cage

     

    répéta « Coco est content ! »

     

    et la jeune femme, à travers le grillage, lui donna quelques graines.

     

     

     

    25.

     

     

     

    La voix du jeune homme se fit grave, comme s’il avait de la peine.

     

    Baissant les yeux il demanda : maître, que ferez-vous après la mort ?

     

    Le maître considéra, puis ferma le cahier ouvert devant lui.

     

    Il allait répondre lorsque quelque part une porte claqua.

     

    Le maître se tut, haussa le sourcil et montra qu’il ne savait pas si

     

    c’était un courant d’air, quelqu’un qui entrait ou qui peut-être sortait …

     

     

     

    26.

     

     

     

    Maître, tout cela, ce ne sont pas des réponses !

     

    Et le maître qui, par curiosité ou par inoccupation, comptait

     

    combien de petits pois contient une boîte

     

    de conserve, répliqua :

     

    il n’y a pas de questions, seulement des faits !

     

    Ma lèvre d’en haut ignore ce que dit ma lèvre d’en bas

     

    et vice versa…Mais c’est bien ma bouche qui parle !

     

     

     

    27.

     

     

     

    Il faisait un temps de chien pour aller voir la mer !

     

    Il ventait si fort qu’on pouvait à peine s’entendre parler.

     

    Il n’y avait pas d’horizon, rien que des vagues dansant furieuses

     

    par-dessus la digue-promenade.

     

    Plié en deux, le jeune homme soulevant son cache-col hurla :

     

    maître, croyez-vous qu’on puisse devenir artiste ?

     

    Le maître s’arrêta pile, fixa le jeune homme dépeigné, et sans

     

    un mot lâcha son parapluie ouvert qui disparut dans la tempête.

     

     

     

    28.

     

     

     

    Les aveugles ont des cannes d’aveugles.

     

    C’est ainsi que parlait le maître, mais par-dessus tout il aimait

     

    le petit bruit de la sonnette

     

    sur le guidon de course du vélo de la parole !

     

    Tout le monde sait que les vélos de course

     

    n’ont généralement pas de sonnette ! Un jour que le jeune homme

     

    entrait comme d’habitude, il trouva la pièce plongée dans le noir :

     

    Maître, où êtes-vous ?

     

    Et le voila obligé de sortir sa lampe torche.

     

    Le maître attendit.  Le jeune homme finit par épuiser les piles.

     

    Alors le maître : c’est comme ça qu’il faut faire ! Quand tu sais où

     

    tu es, c’est que tu n’es plus nulle part  et il alluma la lampe.

     

     

     

    29.

     

     

     

    Le jeune homme trainait la patte.

     

    Il se plaignait de son genou, de sa cuisse, de son dos : maître, j’ai mal

     

    Aurais-tu quelque chose pour ça ?

     

    Le maître laissait dire et continuait son chemin.

     

    Maître, pourrait-on s’arrêter à une pharmacie ? Le maître s’assit

     

    et considéra attentivement les épaules inégales du jeune homme :

     

    va t’acheter des chaussures sans talonnettes, ou mieux des sandales ;

     

    les grecs marchaient en sandales

     

    et nous leur devons presque tout de la marche du monde !

     

     

     

    30.

     

     

     

    On était à la veille de Pâques.

     

    Devant l’église, une petite fille vendait le triste buis.

     

    Un instant le maître rêva de palmes, de joyeuse entrée !

     

    On ne tue pas d’esclaves sur des palmiers ; c’est impossible !

     

    le jeune homme acheta une branche bénie :

     

    maître, irons-nous à l’intérieur ?

     

    Le maître refusa ; les hommes sont trop bavards avec leurs dieux.

     

    Il prit une branche fleurie d’un forsythia, l’offrit à une passante ;

     

    celle-ci sourit joliment :

     

    c’est divin, dit-il, allons boire un verre car j’ai vu l’intérieur !

     

     

     

    31.

     

     

     

    Le jeune homme ne pourrait plus venir ; on l’envoyait au bout du monde.

     

    Maître, je vous ai apporté quelque chose.

     

    Il tendit un superbe coupe-papier qui allait bien

     

    avec le presse-papier jeté dans le miroir !

     

    Le maître parut touché, se leva, partit vers la cuisine et revint

     

    avec la râpe à fromage et la pince à spaghetti dont il s’était servi l’autre jour.

     

    La première est pour ce que je t’ai appris

     

    et la deuxième pour remuer et servir tant que c’est chaud.

     

     

     

    32.

     

     

     

    La jeune femme vint à son tour pour annoncer qu’elle partait

     

    avec le jeune homme.

     

    C’était un peu grâce à lui, dit-elle, parce qu’elle avait beaucoup ri

     

    quand le jeune homme lui racontait…

     

    Le maître, hilare, s’esclaffa : c’était donc vous la porte qui claquait !

     

    Resté seul, la maître pensa : c’était donc pour vous

     

    que la mer montait dans mon encrier et le souffle des mots

     

     dans ma gorge de girafe !

     

    Et son crâne chauve, sous ses éclats de rires solitaires, se ridait

     

    comme un étang calme où une troupe de canards vient de se poser.

     

     

     

    33.

     

     

     

    Restait le perroquet !

     

    Le maître l’emmena sur son épaule visiter tous les bistrots de la ville,

     

    toutes les gares, partout enfin où l’on fait du bruit avec sa bouche.

     

    Le perroquet apprit vite.

     

    Ce qu’il entendait n’étant pas très varié ! 

     

    Le maître offrit à ses voisins radio, tv, cd, et même son portable

     

    qui sait tout faire puis il écouta longuement son perroquet.

     

    Un perroquet de même que le cerveau ne ment jamais, ne rit pas non plus !

     

    Le maître eut une pensée pour le jeune homme et sa compagne

     

    puis brutalement s’affaissa.

     

    C’est tristement que le perroquet dit « Coco est content ».

     

     

     

    34.

     

     

     

    Le temps passa ; le jeune homme revint.

     

    Devant le maître qui semblait fatigué, il se troubla mais ne put s’empêcher

     

    Maître, j’ai besoin de savoir ; que penses-tu des mots ?

     

    Le maître marqua un temps, saisit dans un bouquet près de lui 

     

    un bouton de rose, le huma longuement, le mit en bouche

     

    et le mâcha avec tous les signes d’un bonheur intense…

     

    Puis il l’avala.

     

    Satisfait de la réponse, le jeune homme s’apprêtait à partir quand le maître

     

    soudain lâcha un formidable pet . C’est ça aussi, dit-il.

     

     

     

    35

     

     

     

    La jeune femme, elle aussi, revint.

     

    Rougissante, elle avoua : maître, tu le sais, nous nous aimons lui et moi mais

     

    nous n’arrivons pas à nous le dire.

     

    Le maître se retira puis revint s’asseoir à sa place. Il tenait dans sa main droite

     

    deux noix encore dans leur coquille. Il ferma son poing, serra fort ;

     

     on les entendit craquer l’une contre l’autre !

     

    Les noix étant ouvertes, le maître, de la main gauche, celle du cœur,

     

    fit le tri, offrit les meilleurs morceaux et dégusta le reste

     

     

     

    36.

     

     

     

    Maître, comment faisaient nos grands anciens pour marcher sur l’eau ?

     

    Le maître prit son bol, vida ce qui restait dedans sur la table et passa la main

     

    pour l’étendre;

     

    il prit ensuite un brin de laine de son vêtement et le laissa tomber

     

    sur le liquide où il flotta sans problème

     

     

     

    37.

     

     

     

    Depuis le temps ! Le jeune homme venait, entrait,

     

    prenait place presque rituellement face au maître, et attendait.

     

    Souvent le maître méditait, les yeux fermés, immobile,

     

    sans aucune expression…

     

    Mais quand une mouche se posa sur le nez du maître

     

    sans provoquer un seul frémissement… Le jeune homme s’inquiéta.

     

    Le maître se tenait droit dans son fauteuil et devant lui sur le bureau

     

    on pouvait voir un billet : « je dors, ne m’éveillez plus »  !

     

    Le maître était mort !

     

     

     

    38.

     

     

     

    Quand la police vint pour le constat, elle demanda quand, comment…

     

    Le jeune homme

     

    alla à la fenêtre, souffla sur la vitre fermée

     

    qui se couvrit aussitôt de son haleine et devint opaque,

     

    puis il ouvrit, et le voile de buée disparut, laissant le carreau transparent.

     

     

     

    39.

     

     

     

    Pour la dispersion des cendres, le jeune homme et la jeune femme

     

    envoyèrent des fleurs. Ils étaient loin !

     

    Pas un mot ne fut prononcé ; un oiseau chanta car on était au printemps.

     

    Un promeneur dit ; sens-tu les parfums qui nous entourent ?

     

    A l’entrée, une vieille dame demanda si on pouvait entrer avec son chien.

     

    Regardant l’azur, on pensait à ces poissons d’appartement dans leur bocal.

     

     

     

    40.

     

     

     

    Le quarantième jour, les travaux de réaménagement de l’appartement furent

     

    terminés. Jamais on ne vit le propriétaire, une agence s’occupa de tout : on put

     

    poser l’écriteau « à louer ».

     




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  • « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus »     Pina  Bausch
     

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    Pina Bausch

    Danse avec les yeux

    Elle regarde

     

    Même les yeux clos

    Elle voit

     

    On sent l’appui léger

    De son regard

     

    On sait que c’est là

    Que commence

    La danse

     

    On comprend

    Le bleu n’est pas une

    Couleur froide

     

    Qui brûle

    Sans brûlure ni cendre

     

    La mer

    N’est la mer que sous

    La vague

     

     

    Le reste

    Bruits d’écume

    Sur des gestes de noyé

     

    Le ciel et la mer

    Sont de même couleur

     

    L’horizon

    N’a jamais de frontière

     

    Pas plus que la mort ne

    Sépare l’âme et

    Le corps

     

    L’âme et la chair

    Dansent sous l’unique

    Paupière  

     

    Pina Bausch

    Commence où se retire

    Le regard 

     

    On comprend

    Qu’elle veut se joindre

    A l’universelle

     

    Cécité 

    Pour commencer

    Où tâtonne le Sensible

     

     

    Comme danse

    L’éphémère sans poids

    Ni attaches

     

    Indifférente

    Au côté du vent

    Qui emporte son désir

     

    Mais jamais à la claire

    Lumière où elle

    Mourra

     

    Comme l’aigle de face

    Quand le soleil

    Aveugle 

     

    Pina Bausch

    Danse d’abord avec la

    Paume

     

    La carte muette

    Des lignes à ciel ouvert

     

    L’élégant cou de cygne

    De son poignet à

    La renverse

     

     

    Le roseau d’un geste

    Sur l’ombre courbe

    De l’horizon

     

    Avec ses doigts

    Le long de l’amiante

    Echevelée

     

    D’éruptions solaires

    Cherchant 

    Les aurores boréales

     

    Et l’étoile filante

    Du désordre d’aimer

     

    Avec l’ombre

    Du catalpa à l’empan

    Large de sa main

     

    La longue

    Palme blanche du bras

    Ramenée  

     

    Sur sa poitrine osseuse

    Et nue de bréchet

    Neigeux

     

     

    Sur les pétales

    D’un souffle accastillé

    De magnolias 

     

    Qu’emporte la brume

    Blême et l’haleine

    Sous le poids

     

    De la rosée du silence

     

    Et la charge 

    Des beautés qu’on ne

    Peut retenir

     

    Pina Bausch danse avec

    Son buste

     

    Lettrine 

    Portail  d’église

    Clé de voûte des ogives

     

    Du chœur

    Où elle entraîne et nous

    Et sa troupe

     

     

    Café Müller

    Où les chaises du monde

    Sont bousculées

     

    Car qui est-elle

    Qui marche ainsi au bord

    Du vide

     

    Car qui est-elle

    Qui déshabille la solitude

    Du désir

     

    Car qui est-elle

    Qui danse ce que nous

    L’homme

     

    Et la femme

    Avons de plus fragile et

    Qui fait fuir

     

    Et revenir

    Et trembler devenir fou

    Et connaître

     

    Parce que toucher déjà

    Est de l’amour  

    Et danser

     

     

    Un exorcisme

    Et l’envoûtement

    Pour n’être pas dissous

     

    Se perdre

    Après l’apocalypse

    De la pudique approche

     

    Ce dernier soleil il périra 

    Dit l’inca

    Gomara puis Montaigne

     

    Lévi-Strauss

    On a dépassé le point de

    Non retour 

     

    Sixième destruction

    Du monde bleu mais pas

    De la vie 

     

    Pina Bausch

    Danse la panique divine

    Du corps

     

    Comme un temple 

    Quand tremble la roche

    Qui le fondent

     

     

    Comme un couple

    Sous l’orgasme agoniste de la

    Foudre

     

    Pina Bausch

    Danse avec un bassin de chair

    Où bougent

     

    Se nouent

    Virent  réapparaissent

    Et se retournent comme brelan

     

    Sous la glauque

    Profondeur interdite des bancs

    Poissonneux

     

    Du désir et les monstres inédits

    De la reptile solitude

     

    A l’amère ressemblance 

    Des grands fonds de corail mort

     

    Avec l’espace aux astres  éteints

     

    Pina Bausch

    Peut danser comme un tableau

     

    Que les cimaises

    De la beauté tiennent accroché

    Au ciel

     

    Tant il est vrai

    Que tout bouge et qu’on ne sait

    Pas où mettre les pieds

     

    Et lancer dans l’espace son corps

    Faire confiance aux murs

    Qui cernent l’air

     

    Au poids qui pèse sur les surfaces

    De la pensée et de

    La peau

     

    Au temps qui s’use dans la durée

     

    Pina Bausch

    Peut danser immobile et montrer

    Ce qui danse

     

    Et constitue

    La matière des poupées russes de

    L’univers

     

    La marche contenue dans la chute

     

    Et les bonds

    Les sauts de cabri des désirs qui ne

    Peuvent rester tels

     

    Sans retomber dans l’ordre violent

     

    Dans la posture

    Où Pina Bausch attend les passages

    De comètes de l’amour

     

    Le terrible goutte à goutte

    De la beauté qui perce l’acier le plus

    Dur de l’âme

     


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  • in memoriam... Jacques De Decker

    Jacques & Werner

    "Combien sommes nous encore, sous les tulles et les taffetas d'indicibles crépuscules, à deviner cet accord essentiel, ce respir universel, alors que les hommes continue de tuer...."  

    Salut Ami Jacques

    citation extraite de "Vie et mort du sentiment étrange d'être dieu" ed La Porte

     


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  • in memoriam... Marcel Moreau

    photo Pete Hawk — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

     

    " Lui et moi sommes des hérésiarques à poil blanc, une espèce que la mévente de ses incongruités accule, jusqu'à la retraite, à féconder le ventre de la beauté convulsive... C'était là notre maigre liberté, mais de toutes, elle était la moins illusoire"  Marcel Moreau , salut vieux frère.

     

    citation extraite de la Présence la poésie (eds des vanneaux)

     


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  • reprise...    clin d'oeil d'une pierre blanche

     

    Et l’arbre me disait
    qu’il me suivrait
    si j’étais moins pressé

     


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